Just Like a Dream

février 14, 2026

Cette photographie est née de ma volonté de réinterpréter L’Annonciation de Sandro Botticelli, sous l’eau. Une des œuvres majeures de sa carrière et un thème extrêmement revisité dans l’histoire de l’art. Elle fait partie des toutes premières images de ma série Modern Icons.

À cette époque, j’avais eu la chance de passer à la télévision en Belgique pour parler de mon métier de photographe sous l’eau : la RTBF avait réalisé un sujet sur mon travail dans l’émission C’est du Belge. Suite à cette diffusion, j’ai été contacté par une jeune fille de 13 ans, Emma, qui m’expliquait être tombée amoureuse de mon travail et rêver de poser pour moi. Elle était nageuse synchronisée.

Je vous avoue que j’étais un peu ennuyé. En parallèle de mon travail plus commercial (publicité, éditos mode), mon univers artistique tournait essentiellement autour du nu… et nu + 13 ans = on oublie immédiatement. Or, peu de temps avant cela, ma galerie de l’époque, la Macadam Gallery, m’avait justement encouragé à explorer autre chose : un travail plus narratif, plus construit, tout en restant fidèle à mon univers subquatique.

C’est ainsi que j’ai commencé à travailler sur des images qui racontent des histoires. J’avais déjà réalisé la série The Flood avec Typh Barrow (dont je reparlerai dans un autre article), ainsi que La Fille au Poisson Rouge, qui a été un véritable déclencheur. Fort de ce succès, je me suis dit : « Et si je réinterprétais d’autres œuvres d’art qui me touchent ? » J’ai alors rempli un carnet de notes avec des tableaux qui m’inspiraient et des ébauches d’idées et « Just like a Dream » en faisait partie.

Pour chaque réinterprétation, je commence toujours par étudier la symbolique de l’œuvre originale afin de voir comment je peux l’immerger dans mon propre univers. Dans L’Annonciation, l’archange Gabriel annonce à Marie qu’elle portera l’enfant de Dieu. Il me fallait donc représenter un ange. Quoi de mieux qu’un poisson-ange pour incarner cet archange ?

Traditionnellement, Gabriel tient des lys dans la main, symbole de la pureté de la Vierge. J’ai donc placé un vase de lys dans le fond de l’image, en référence discrète à Marie. Je voulais également que cette scène semble issue d’un rêve et que mon personnage s’interroge sur ce qu’elle vit. Cette question est symbolisée par le livre de Lord Byron sur l’interprétation des rêves qu’elle tient dans la main.

Pour troubler encore davantage le spectateur et renforcer la dimension surréaliste, j’ai ajouté ce poisson qui traverse le miroir et semble flotter dans l’air, comme si la scène n’était pas sous l’eau. J’aime beaucoup cette idée de renverser le décor. Emma est en réalité la tête en bas, retenue par une amie à la surface. Cela donne l’illusion d’une pièce inondée, avec de l’eau jusqu’aux chevilles et tout le reste à l’air libre. Mais ne vous y trompez pas : cette photo est entièrement réalisée sous l’eau.

À l’origine, l’image devait être horizontale. Je voulais représenter toute une pièce, avec un salon, un fauteuil en velours vert et une table. Ce que j’ignorais, c’est que le velours teinté et le chlore ne font pas bon ménage du tout. Le fauteuil s’est mis à dégorger sa teinture dans la piscine, qui est devenue verte, comme une gigantesque infusion.

Après plusieurs essais, l’alarme de chlore se déclenchait sans cesse, et chaque fois que l’on en ajoutait, la teinture du fauteuil se diffusait encore davantage. J’ai donc pris une décision radicale : retirer le fauteuil, oublier le décor initial et passer en format vertical. Parfois, moins, c’est plus. Ce cadrage permet de se concentrer uniquement sur l’interaction entre la jeune fille et le poisson.

Ce qui est fou, c’est que lorsque je réalise mes shootings underwater, sur le moment, je n’ai que l’écran à l’arrière de mon appareil photo pour juger des images. Je ne pensais pas avoir capturé « la » photo. Mais une fois rentré à la maison, au moment de la sélection, j’ai découvert cette pépite. Comparée à d’autres images de la série, celle-ci a été entièrement repeinte afin d’en uniformiser les couleurs. J’aime cette idée de faire du neuf avec du vieux et de finalement la repeindre, comme l’était l’original.

Le titre de l’image, Just Like a Dream, vient d’une chanson de The Cure que j’écoutais beaucoup à cette époque, « Just Like a Heaven ». Elle accompagnait parfaitement l’atmosphère onirique de cette scène et a naturellement donné son nom à la photographie.

Une fois l’eau redevenue claire, j’ai pu finaliser cette prise de vue totalement surréaliste avec la fabuleuse Emma. Et j’ai eu l’immense bonheur de la photographier à nouveau sous l’eau, à 21 ans, pour mon calendrier Once Upon a Time. Saurez-vous la reconnaître ?